Qui je suis

Je crois que si tu es arrivée jusqu’ici, ce n’est pas un hasard.
Il y a sans doute, quelque part, une photographie qui te ressemble. Une image que tu gardes sans trop savoir pourquoi. Une attirance pour les choses faites lentement. Une méfiance envers le trop lisse, le trop bruyant, le trop sûr de lui.

Moi, je suis de celles qui aiment les marges.
Les détails.
Les petites choses qui passent inaperçues si l’on ne prend pas le temps de regarder.

J’aime les mots. Les beaux, les précis, ceux qui tombent juste. J’aime les musées quand il n’y a presque personne, les livres ouverts n’importe où, les tasses de thé oubliées parce qu’une idée est passée par là. J’aime la nature quand elle n’est pas sage. Les fleurs un peu de travers, les jardins qui débordent.

J’ai fait les Beaux-Arts, étudié la philosophie, longtemps regardé le monde à travers un appareil photo. Tout cela m’a appris une chose essentielle : savoir regarder est un métier. Et même une forme de résistance.

La broderie est arrivée plus tard, presque comme une évidence tranquille. Je l’ai apprise seule, en tâtonnant, en me trompant, en recommençant. J’y ai trouvé ce que je cherchais sans le savoir : le droit à l’imperfection, à l’hésitation,( Je doute souvent. Mais j’ai appris à faire avec — et même à en faire quelque chose.)à la lenteur. Le luxe immense de ne pas aller vite.

Je travaille sérieusement, mais je ne me prends pas au sérieux.
J’aime l’exigence, pas la raideur.
L’expertise, pas l’arrogance.
Je sais ce que je fais — et je sais aussi que douter fait partie du chemin.

Je suis une amoureuse des images anciennes. Des brocantes. Des familles imaginaires que je me construis au fil des trouvailles. Des femmes debout, souvent silencieuses, toujours dignes. Elles me rappellent que créer, c’est aussi prendre soin. Et que prendre soin est un geste profondément politique, même quand il est discret.

Je suis sans doute un peu féministe, oui.
Mais à voix basse.
Par le choix du temps long.
Par le refus du jetable.
Par la conviction que la douceur peut être une force redoutable.

Je peins quand les fils ne suffisent plus. Je reviens toujours aux couleurs, comme on revient à une source. J’aime quand les disciplines se répondent, quand rien n’est jamais figé.

Mon atelier est un lieu calme. On y rit parfois. On y doute souvent. On y boit beaucoup de thé. On y parle de tout et de rien, mais surtout de ce qui compte.

Si tu as l’impression, en lisant ces lignes, que nous pourrions être amies — alors tu ne te trompes probablement pas. Nous aimons sans doute les mêmes choses. Ou, à défaut, la même manière de les regarder.

Ici, tu peux rester un moment.
Personne ne presse.
On prendra le temps.

Laure